Abstracts Les historiens du sucre des CaraĂŻbes et des AmĂ©riques nâont pas cessĂ© de dĂ©fendre la thĂšse dâune structure esclavagiste que le Nouveau Monde a empruntĂ©e Ă la MĂ©diterranĂ©e. Ils soutiennent que lâemploi des esclaves sâest amorcĂ© dans les plantations et les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes avant de gagner lâAtlantique. Pourtant lâexamen rigoureux des sources montre que les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes font appel Ă des paysans, Ă des entrepreneurs agricoles ou Ă des ouvriers rĂ©munĂ©rĂ©s, pour accomplir les diffĂ©rentes tĂąches de la production. Cette activitĂ© ne peut pas ĂȘtre envisagĂ©e en tant que forme dâĂ©conomie esclavagiste, et donc ne peut pas servir de modĂšle au Nouveau Monde. Ce sont surtout les progrĂšs techniques accomplis qui sont mis Ă profit Ă grande Ă©chelle pour dĂ©velopper lâindustrie sucriĂšre dans les CaraĂŻbes et en AmĂ©rique. Historians of Caribbean and American sugar have constantly defended and contended the proposition of an existing slavery structure that was borrowed from the Mediterranean by the New World. They postulate that employing slaves was initiated in the Mediterranean plantations and sugar manufactures prior to conquering the Atlantic. Controversially, the rigorous scrutiny of sources indicates that Mediterranean sugar manufactures attracted farmers or agricultural entrepreneurs, along with employers, toward accomplishing the different tasks of the refineries. Sugar production in Medieval Mediterranean can not be conceptualised as a slavery-based economic system, nor could it be such a model for Atlantic plantations. However, technical progress being intensively invested in Mediterranean sugar manufactures permitted to attain the level of developing sugar industry in the Caribbean and of page Full text 1 Charles Verlinden, Lâesclavage dans lâEurope mĂ©diĂ©vale, I PĂ©ninsule IbĂ©rique-France, Bruges, 1955 ... 2 On peut citer trois publications rĂ©centes Roger Botte et Alessandro Stella, dir., Couleur de lâes ... 3 La route du sucre du viiie au xviiie siĂšcle, colloque international organisĂ© par lâAssociation popu ... 1Les recherches publiĂ©es sur le thĂšme de lâesclavage depuis le siĂšcle dernier sont nombreuses. Mais elles ont Ă©tĂ© menĂ©es essentiellement sous lâangle quantitatif1, et certaines questions nâont Ă©tĂ© que trĂšs peu abordĂ©es, en particulier celle de la complexitĂ© de ce phĂ©nomĂšne et de son rapport avec le marchĂ© du travail2. Dâautres problĂ©matiques suscitent encore le dĂ©bat comme celle du lien entre production du sucre et esclavage, ou du statut de la main dâĆuvre employĂ©e dans les plantations et les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes au Moyen Ăge3. 4 Dans les actes du colloque organisĂ© Ă Schoelcher, Maurice Burac et Christian Montbrun persistent Ă ... 2De ce point de vue, les travaux menĂ©s jusquâĂ la fin du xxe siĂšcle sont majoritairement lâĆuvre dâhistoriens du sucre des CaraĂŻbes et de lâAmĂ©rique. Or ceux-ci vĂ©hiculent la thĂšse de lâexportation du modĂšle mĂ©diterranĂ©en aux Ăźles Atlantiques, dans un premier temps, en AmĂ©rique dans un second temps. Ils considĂšrent que le Nouveau Monde a empruntĂ© Ă la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale une structure esclavagiste et que lâemploi dâesclaves a dĂ©butĂ© dans les plantations mĂ©diterranĂ©ennes avant de gagner lâAtlantique4. Câest le sens des travaux de Charles Verlinden, qui affirme que 5 Charles Verlinden, Les Origines de la civilisation atlantique. De la Renaissance Ă lâĂąge des LumiĂšr ... Lâesclavage colonial mĂ©diĂ©val servit de modĂšle Ă lâesclavage colonial atlantique. La main dâĆuvre non libre avait Ă©tĂ© employĂ©e dans les colonies italiennes de la MĂ©diterranĂ©e pour tous les genres de travaux dont elle allait ĂȘtre chargĂ©e dans les colonies atlantiques5. 6 Sidney Mintz, Sucre blanc, misĂšre noire, le goĂ»t et le pouvoir, traduit de lâanglais par R. Ghani, ... 7 Jock H. Galloway, The sugar cane industry, an historical geography from its origin to 1914, Cambrid ... 8 Blaise Essomba, Sucre mĂ©diterranĂ©en, sucre atlantique et le commerce du Nord europĂ©en aux xve et xv ... 9 Ibid., p. 10-14, 37-38, 48, 52-53 et 63. 10 Ibid., p. 12. 11 Patrick Manning, Slavery and african life. Occidental, oriental and african slave trades, Cambridge ... 3De mĂȘme, les recherches de Sidney W. Mintz6 ou de Jock H. Galloway7 considĂšrent lâactivitĂ© de production du sucre dans la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale comme une forme dâĂ©conomie esclavagiste. Blaise Essomba suit le mĂȘme raisonnement ; sa thĂšse repose sur un lien Ă©troit entre la canne Ă sucre et lâesclavage8. Sans apporter de preuves concrĂštes sur le bien fondĂ© de cette relation, cet auteur parle dâun systĂšme de production esclavagiste gĂ©nĂ©ralisĂ© dans toute la MĂ©diterranĂ©e9, et il conclut que lâesclavage apparaĂźt comme un des plus grands faits Ă©conomiques du monde musulman10 ». Plus rĂ©cemment, Patrick Manning, sâappuyant lui aussi sur les travaux de Charles Verlinden, insiste Ă plusieurs reprises et dans les mĂȘmes termes sur cette association entre esclavage et sucre, en faisant remonter son origine et sa constitution Ă la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale11. 12 Mohamed Ouerfelli, Le sucre production, commercialisation et usages dans la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©val ... 4Partant de ce constat, je souhaite reprendre cette question de la main dâĆuvre employĂ©e dans les plantations et les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes et lâexaminer de nouveau Ă lâaune des sources disponibles, en mâappuyant sur des exemples prĂ©cis, aussi bien de la MĂ©diterranĂ©e orientale que du bassin occidental12. Ils sont tirĂ©s de sources diverses telles que les chroniques, les descriptions gĂ©ographiques, les rĂ©cits de voyages, mais aussi des traitĂ©s fiscaux, de hisba et des manuels de chancellerie. Ces sources ne sont pas forcĂ©ment riches, mais elles apportent des Ă©clairages ponctuels sur le phĂ©nomĂšne de lâesclavage, dans le monde musulman notamment. On les complĂšte par des documents Ă©manant des pouvoirs publics, en particulier des archives vĂ©nitiennes, et des actes notariĂ©s, abondants en ce qui concerne les domaines de la Couronne dâAragon. 5Mon point de dĂ©part est celui des projets envisagĂ©s par les milieux du pouvoir abbasside et la bourgeoisie bagdadienne pour mettre en valeur les basses vallĂ©es du Tigre et de lâEuphrate pendant la seconde moitiĂ© du ixe siĂšcle. Il sera ensuite question de lâĂgypte, du royaume de Chypre et accessoirement de la CrĂšte, qui avaient un besoin important de main dâĆuvre pour dĂ©velopper une production destinĂ©e non seulement Ă la consommation intĂ©rieure, mais aussi Ă lâexportation. Mon enquĂȘte, qui suit la diffusion de lâindustrie du sucre, sâachĂšve en MĂ©diterranĂ©e occidentale avec les exemples de la Sicile, du royaume de Valence et enfin du Maroc, oĂč lâindustrie du sucre a basculĂ© dâest en ouest pour se rapprocher des centres de consommation. Les projets de la bourgeoisie bagdadienne et la rĂ©volte des ZenÄ 13 Salah Trabelsi, Lâesclavage domanial dans le paysage agraire musulman au Moyen Ăge », Esclavage ... 6Un examen rigoureux des sources sur la question de lâemploi des esclaves dans les plantations et les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes permet de nuancer, voire dâinfirmer un certain nombre dâidĂ©es et de rĂ©flexions qui paraissent totalement infondĂ©es et ne reposent sur aucune certitude. LâidĂ©e de lâemploi massif dâune main dâĆuvre servile dans les plantations mĂ©diterranĂ©ennes est fondĂ©e en particulier sur des projets de grande envergure envisagĂ©s par le pouvoir abbasside et la bourgeoisie bagdadienne, enrichie par une activitĂ© commerciale prospĂšre, afin de crĂ©er de grandes exploitations destinĂ©es Ă la production de nouvelles cultures importĂ©es dâExtrĂȘme-Orient. Pour rĂ©aliser ces gigantesques projets, la main dâĆuvre disponible en Iraq, voire dans les environs, ne peut en aucun cas suffire, dâoĂč lâidĂ©e dâimporter des esclaves noirs en provenance des cĂŽtes de lâAfrique orientale. Mais la rĂ©volte de ces esclaves a Ă©branlĂ© le califat de Bagdad et a prĂ©cipitĂ© lâĂ©chec et lâabandon total de la mise en culture des marĂ©cages du delta du Tigre et de lâEuphrate13. 14 Faysal al-SĂąmir, Thawrat al-ZenÄ la rĂ©volte des ZenÄ, en arabe, Bagdad, Maktabat al-ManĂąr, 1971, ... 15 Alexandre Popovic, La RĂ©volte des esclaves en Iraq au iiie/ixe siĂšcle, Paris, Paul Geuthner, 1976, ... 16 François Renault, La Traite des noirs au Proche-Orient mĂ©diĂ©val, viie-xive siĂšcles, Paris, Paul Geu ... 17 Faysal al-SÄmir, Thawrat al-ZenÄ, op. cit., p. 34-35. 18 Ibid., p. 30. 7En effet, lâexpansion Ă©conomique du califat abbasside, dĂšs le dĂ©but du ixe siĂšcle, draine vers les grandes villes, Bagdad en particulier, des populations de toutes conditions, ce qui augmente de plus en plus la consommation de denrĂ©es de premiĂšre nĂ©cessitĂ©, ainsi que des produits de luxe rĂ©clamĂ©s par les cours princiĂšres. Ces facteurs ont encouragĂ© le dĂ©veloppement des activitĂ©s commerciales, auquel participe une puissante bourgeoisie marchande. Celle-ci a accumulĂ© des richesses importantes quâelle a investies dans lâacquisition de grands domaines14. LâintĂ©rĂȘt de cette bourgeoisie se tourne alors vers les vastes marĂ©cages recouvrant la rĂ©gion des cours infĂ©rieurs du Tigre et de lâEuphrate,entre Bassora et la province du KhĂ»zistĂąn le sud-ouest actuel de lâIran15. En plus de son potentiel agricole et de la fertilitĂ© de ses terres, cette rĂ©gion est situĂ©e sur lâaxe dâun commerce particuliĂšrement actif dans le golfe Persique. Pour mettre en valeur ces terres et les rendre cultivables, il est nĂ©cessaire de construire des digues pour les assĂ©cher, de dĂ©ployer tout un systĂšme dâirrigation de grande ampleur, mais surtout, et câest la tĂąche la plus difficile, dâenlever les couches de natron. Ces nouveaux projets dâune ampleur sans prĂ©cĂ©dent exigent des investissements Ă©levĂ©s et une main dâĆuvre abondante, dâoĂč lâemploi dâune masse considĂ©rable dâesclaves importĂ©s des cĂŽtes orientales de lâAfrique. Par ces travaux ambitieux, les milieux du pouvoir, les grands propriĂ©taires terriens et la bourgeoisie marchande cherchent Ă dĂ©velopper de nouvelles cultures pour lesquelles le climat convient parfaitement riz, sorgho, canne Ă sucre, coton, bananes, agrumes16, etc. Il nâest pas Ă©tonnant de trouver parmi les grandes familles impliquĂ©es dans ces entreprises agricoles, celle des BarmĂ©kides, en particulier le puissant vizir du calife HĂąrĂ»n al-RashĂźd 786-809, Yahya Ibn KhĂąlid al-BarmakĂź17. De grands propriĂ©taires terriens apparaissent Ă©galement au moment de la rĂ©volte, comme al-ZiyĂądiyĂźn et al-HĂąshimiyĂźn, qui assurent la gestion de leurs domaines par lâintermĂ©diaire dâintendants18. 19 Al-TabarĂź, TĂąrĂźkh al-rusul wa-l-mulĂ»k, Beyrouth, KhayĂąt, s. d., t. III, 12, p. 1742 et 1750. Ibn al ... 20 Faysal al-SĂąmir, Thawrat al-ZenÄ, op. cit., p. 51 ; Salah Trabelsi, Lâesclavage domanial », op. ... 21 Ahmad Ulabi, Thawrat al-ZenÄ wa qĂąâiduhĂą Muhammad Ibn AlĂź, Beyrouth, DĂąr al-FĂąrĂąbĂź, 1961, p. 102. 22 Ibid., p. 102-106. 8Lâappel Ă la main dâĆuvre servile pour travailler dans la grande exploitation rurale prend une ampleur jamais Ă©galĂ©e et le nombre dâesclaves employĂ©s dans les chantiers comme terrassiers ou cultivateurs se monte de 500 Ă 5000 esclaves et atteint parfois le chiffre de 1500019. Les conditions terribles dans lesquelles ces esclaves travaillent, en raison du climat humide, des Ă©pidĂ©mies chroniques et de la mortalitĂ© Ă©levĂ©e, aboutissent Ă une longue rĂ©volte, qui Ă©clate en 869 et nâest Ă©crasĂ©e par lâarmĂ©e abbasside quâen 88320. La rĂ©volte, commandĂ©e par AlĂź Ibn Muhammad, qui a rĂ©ussi Ă rassembler autour de lui tous les mĂ©contents, a Ă©branlĂ© le califat abbasside, en mettant Ă plusieurs reprises en Ă©chec ses armĂ©es. Le projet de mise en culture des terres de la Basse MĂ©sopotamie est dĂ©finitivement compromis et abandonnĂ©21. Les consĂ©quences Ă©conomiques sur cette rĂ©gion sont dĂ©sastreuses les voies de communication et le trafic commercial sont coupĂ©s durant et aprĂšs la rĂ©volte, tout le sud de lâIraq est ravagĂ©, notamment les terres agricoles de Bassora et du KhĂ»zistĂąn, par les incursions des rebelles et les opĂ©rations militaires22. 9De cet Ă©pisode calamiteux, des enseignements sont tirĂ©s lâimportation dâesclaves des cĂŽtes africaines, par ailleurs coĂ»teuse, pour les employer dans les domaines agricoles a abouti Ă un Ă©chec total, dâoĂč lâabandon de cette pratique. LâarrĂȘt des conquĂȘtes, qui mettaient un grand nombre dâesclaves sur les marchĂ©s, et la militarisation du pouvoir rĂ©oriente le marchĂ© des esclaves vers leur recrutement en masse pour constituer les armĂ©es dans lâOrient musulman. Pendant les siĂšcles suivants, les sources ne parlent que de paysans cultivant la terre sous forme de mĂ©tayage, mĂȘme si leur situation est bien plus proche des serfs, sinon des esclaves. NĂ©anmoins, cet Ă©pisode dĂ©sastreux du sud de la MĂ©sopotamie nâa pas compromis lâexpansion de la culture de la canne Ă sucre vers lâouest de la MĂ©diterranĂ©e, notamment en Syrie et en Ăgypte, oĂč cette activitĂ© de production est devenue dĂ©sormais une rĂ©alitĂ© dans le paysage agraire. LâĂ©gypte des paysans pour la plantation et des salariĂ©s dans la sucrerie 23 NoĂ«l Deerr, The history of sugar, Londres, Chapman and Hall, 1950, II, p. 259. 24 Ibn Hawqal, La configuration de la terre KitĂąb sĂ»rat al-ard, trad. J. H. Kramers et G. Wiet, Pari ... 25 Les esclaves noirs servaient dans lâarmĂ©e fatimide depuis le rĂšgne du calife al-MahdĂź 910-934 ; i ... 26 François Renault, La traite des noirs au Proche-Orient mĂ©diĂ©val, op. cit., p. 44. 10Afin de poursuivre notre enquĂȘte, il convient dâemprunter le parcours de la canne Ă sucre dâest en ouest, pour pouvoir analyser de prĂšs la question de lâemploi de la main dâĆuvre dans cette nouvelle activitĂ©, qui a connu son apogĂ©e Ă partir du xie siĂšcle, notamment en Ăgypte. Ce pays est en effet considĂ©rĂ© comme Ă©tant relativement bien peuplĂ©, en particulier le long du Nil. Le travail de la terre constitue la principale activitĂ© Ă©conomique et la source la plus importante de recettes fiscales. Ce sont bien des paysans qui accomplissent tous les travaux agricoles et non pas des esclaves, comme a pu le croire NoĂ«l Deerr, qui nâexclut pas lâemploi de la main dâĆuvre servile aussi bien dans les plantations que dans les raffineries23. Dans cette mĂȘme perspective, François Renault sâappuie sur un texte du xe siĂšcle, concernant la ville de ShĂąbĂ»r, situĂ©e dans le delta du Nil, et souligne la prĂ©sence de lâesclavage agricole on y trouve de nombreux esclaves noirs ainsi que des combattants, et la ville est trĂšs riche en cĂ©rĂ©ales24 ». Il se demande si Ibn Hawqal mort aprĂšs 977 fait un lien direct entre les esclaves et la richesse agricole de cette ville ; sinon, il ne voit pas Ă quelle autre tĂąche ils auraient pu ĂȘtre affectĂ©s. Cependant, le texte est trop flou pour pouvoir dĂ©terminer lâoccupation de ces esclaves, qui auraient pu aussi ĂȘtre des soldats dans lâarmĂ©e fatimide25. Rien ne permet dâaffirmer quâils sont employĂ©s dans les travaux agricoles. François Renault nuance dâailleurs ses interprĂ©tations en concluant que lâimpression dâensemble reste cependant dâun effectif assez rĂ©duit dâune telle main dâĆuvre en Ăgypte26 ». 27 Jean Sauvaget, Sur un papyrus arabe de la BibliothĂšque Ă©gyptienne », Annales de lâInstitut dâĂ©t ... 28 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 69-70. 29 Al-MakhzĂ»mĂź, KitĂąb al-minhĂąÄ fĂź ilm kharĂąÄ Misr », Ă©d. Claude Cahen et Youssef Raghib, SupplĂ©m ... 30 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 295. 11Un autre argument, plus rĂ©pandu, de lâemploi dâesclaves dans le travail du sucre en Ăgypte repose sur un papyrus du xe siĂšcle, rĂ©digĂ© en arabe et publiĂ© par Jean Sauvaget en 194827. Ce document est un memorandum pour installer une sucrerie et une estimation du personnel nĂ©cessaire au fonctionnement de cet Ă©tablissement industriel28. Jean Sauvaget a donnĂ© la traduction des treize rubriques du texte, mais son interprĂ©tation de certains passages nâest pas tout Ă fait exacte. Dans les rubriques 10 et 13, il a traduit le terme ghilmĂąn sing. ghulĂąm par esclaves. En rĂ©alitĂ©, le terme ghulĂąm ne signifie pas forcĂ©ment esclave ; il sâagit plutĂŽt dâimberbes ou de garçons accomplissant des tĂąches secondaires dans la plantation ou dans la sucrerie, pour aider les membres de leurs familles. Al-MakhzĂ»mĂź mort en 1189, haut fonctionnaire de lâadministration fatimide et ayyoubide et fin connaisseur des questions Ă©conomiques, notamment de la fiscalitĂ©, confirme notre interprĂ©tation. Dans sa description des Ă©tapes de la production du sucre, il cite cette catĂ©gorie de jeunes ; il emploie le terme sibyĂąn garçons au lieu de ghilmĂąn, pour dĂ©signer les employĂ©s chargĂ©s dâentreposer les produits raffinĂ©s ou affectĂ©s Ă dâautres tĂąches29. Cet exemple Ă©gyptien nâest pas isolĂ© on trouve son Ă©quivalent exact en Sicile pendant tout le xve siĂšcle, oĂč des enfants ouvriers sont qualifiĂ©s de famuli ou dâinfanti. Ces derniers participent Ă la production du sucre, en assumant des tĂąches peu qualifiĂ©es, et touchent une rĂ©tribution30. 31 Nassiri Khosrau, Sefer Nameh, Ă©d. et trad. Charles Schefer, Paris, Ernest Leroux, 1881, p. 118-119. 12Le voyageur persan NĂąssirĂź Khosrau m. 1088, qui a visitĂ© lâĂgypte au milieu du xie siĂšcle, a vraisemblablement assistĂ© Ă la crue du Nil et aux dĂ©buts des travaux agricoles effectuĂ©s par les paysans. Il affirme que lorsque les eaux commencent Ă se retirer, les paysans sâavancent sur le terrain dĂ©couvert, et Ă mesure quâil devient sec, ils y sĂšment ce quâils veulent31 ». 32 Nicolas Michel, Devoirs fiscaux et droits fonciers la condition des fellahs Ă©gyptiens xiiie-x ... 33 Sur les modes dâexploitation en Syrie et surtout en Ăgypte, cf. Mounira Chapoutot-Remadi, Lâagri ... 34 Claude Cahen, LâIslam des origines au dĂ©but de lâempire ottoman, Paris, Hachette, 1995, p. 177-178 ... 35 Al-NuwayrĂź, NihĂąyat al-âarab fĂź funĂ»n al-âadab, Le Caire, DĂąr al-Kutub, 2007, t. viii, p. 265-268. 36 Al-NuwayrĂź, NihĂąyat al-âarab fĂź funĂ»n al-âadab, Le Caire, DĂąr al-Kutub, 2002, t. xxxii, p. 262 ; Al ... 13Dans un travail remarquablement menĂ© sur les conditions des fellahs Ă©gyptiens, Nicolas Michel, sâappuyant sur la littĂ©rature administrative des xiiie-xve siĂšcles, le rĂšglement ottoman de 1525 et une copie partielle du cadastre de 1527-1528, nâa pas laissĂ© le moindre doute quant Ă lâidentitĂ© de ceux qui travaillent la terre et leurs conditions, qui nâont pas beaucoup variĂ© depuis lâinstauration du systĂšme de lâiqtĂą Ă lâĂ©poque ayyoubide32. Ces entrepreneurs de culture avancent non seulement lâachat de semences, les salaires pour les labours, les semailles et la moisson, ils sont Ă©galement chargĂ©s dâentretenir les digues et les canaux dâirrigation. Partout en Ăgypte, les sources ne parlent que dâune main dâĆuvre paysanne liĂ©e par des contrats de mĂ©tayage33. Dans le cas des plantations de cannes, le concessionnaire ou le propriĂ©taire apporte la terre, les semences, les bĂȘtes et les outils nĂ©cessaires et le mĂ©tayer participe avec son travail et reçoit le cinquiĂšme de la rĂ©colte. Dans bien dâautres cas, il perçoit le quart en apportant une partie du matĂ©riel câest ce quâon appelle le mĂ©tayer au quart murĂąbi34. Al-NuwayrĂź m. 1332, originaire de la Haute Ăgypte, se montre trĂšs prĂ©cis lorsquâil dĂ©crit les diffĂ©rentes Ă©tapes de la production du sucre ; il ne mentionne que des hommes libres, des paysans travaillant dans les plantations et des ouvriers opĂ©rant dans les moulins Ă sucre et les raffineries de la Haute Ăgypte35. On peut bien sĂ»r souligner les contraintes exercĂ©es par les concessionnaires Ă lâencontre des paysans pour les obliger Ă travailler davantage ou Ă faire des corvĂ©es supplĂ©mentaires, voire Ă payer une taxe pour ĂȘtre exonĂ©rĂ©s de corvĂ©e. De telles pratiques sont rĂ©guliĂšrement attestĂ©es, entre autres Ă Tripoli ; elles ont Ă©tĂ© abolies, en 1317, par le sultan mamelouk al-NĂąsir Muhammad Ibn QalĂąwĂ»n 1309-1341 3e rĂšgne36. 37 Mohamed Ouerfelli, Organisation spatiale et rĂ©percussions de lâindustrie du sucre sur le paysage ... 38 Ibn al-HĂąÄ, Al-Madkhal âilĂą tanmiyat al-âamĂąl bitahsĂźn al-niyĂąt, Le Caire, 1929, t. IV, p. 150-151 ... 14Dans les raffineries de FustĂąt, Ă©parpillĂ©es un peu partout dans lâespace urbain, ce qui pose quelques problĂšmes dâhygiĂšne et dâencombrement, nous ne trouvons aucune trace dâesclaves37. Au xive siĂšcle, Ibn al-HĂąÄ, juriste maghrĂ©bin installĂ© au Caire et fin connaisseur de la vie quotidienne dans cette mĂ©tropole, dĂ©nonce les conditions de travail dans les raffineries, notamment au niveau de lâhygiĂšne, qui en manque cruellement, mais il ne mentionne que des ouvriers salariĂ©s et point dâesclaves38. Dâautres sources Ă©voquent des salaires en argent ou en nature, signe de lâabsence dâun phĂ©nomĂšne qui a marquĂ© lâindustrie du sucre outre-atlantique. En ce sens, LĂ©on lâAfricain nous apporte une preuve supplĂ©mentaire concernant la grande raffinerie de DeirĂ»t 39 LĂ©on lâAfricain, Description de lâAfrique, trad. de lâitalien par A. Epaulard, Paris, Maisonneuve, ... Ses habitants sont trĂšs riches parce quâils ont beaucoup de plantations de cannes Ă sucre [âŠ]. Il existe Ă Derotte une trĂšs grande fabrique qui ressemble Ă un chĂąteau et câest lĂ que se trouvent les pressoirs et chaudiĂšres pour extraire et cuire le sucre. Je nâai jamais vu ailleurs autant dâouvriers employĂ©s Ă cette fabrication. Jâai entendu dire par un fonctionnaire de la commune quâon dĂ©pense par jour environ deux cents dinars achrafĂź pour ces ouvriers39. Le royaume de Chypre et la conjoncture dĂ©primĂ©e du xive siĂšcle 40 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 126-127. 41 Claude Delaval Cobham, Excerpta Cypria materiels for a history of Cyprus, Cambridge, Cambridge Un ... 42 Dominique ValĂ©rian, Les captifs et la piraterie une rĂ©ponse Ă une conjoncture dĂ©primĂ©e ? Le ca ... 15Ă Chypre, la main dâĆuvre dans les plantations et les raffineries est composĂ©e essentiellement de paysans serfs parĂšques ou libres les francomates, dont la majoritĂ© sont des Grecs, et de Syriens arrivĂ©s dans le royaume aprĂšs lâappel de Guy de Lusignan en Terre sainte au dĂ©but du xiiie siĂšcle pour attirer des paysans et des artisans40. DĂšs le dĂ©but du xive siĂšcle, lâessor des activitĂ©s de piraterie et de course met sur le marchĂ© un nombre important de captifs, dont les Hospitaliers tirent profit, en les employant gratuitement dans leurs exploitations agricoles. Plus de cent captifs musulmans travaillent dans les champs de vignes des plaines de Paphos41. De mĂȘme que Dominique ValĂ©rian lâa montrĂ© au sujet du Maghreb, la raretĂ© de la main dâĆuvre dĂšs le milieu du xive siĂšcle, notamment aprĂšs la pandĂ©mie de la peste Noire et les pertes dĂ©mographiques importantes, a accentuĂ© le recours des entrepreneurs impliquĂ©s dans la production du sucre dans lâĂźle aux captifs musulmans enlevĂ©s par les pirates et les corsaires42. 43 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, trad. Emmanuel Miller et C. Sathas, Paris, Ernest Leroux, 188 ... 44 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 109 ; Mohamed Ouerfelli, Les migrations liĂ©es ... 16Cette pratique rĂ©pond Ă©galement aux enlĂšvements frĂ©quents de paysans de lâĂźle par les pirates turcs, particuliĂšrement actifs dans cette rĂ©gion de la MĂ©diterranĂ©e orientale. En 1364, les Chypriotes hĂ©sitent Ă attaquer trois galĂ©es appartenant aux pirates, car les vaisseaux ennemis Ă©taient remplis de paysans ; ceux-ci pourraient se noyer43 ». En 1366, le nombre de Syriens et dâĂgyptiens capturĂ©s, dont le roi Pierre Ier a ordonnĂ© la libĂ©ration dans le cadre dâun accord de paix avec le sultan mamelouk, est relativement important ; ils sont transportĂ©s par une galĂ©e appartenant au roi dâAragon, une saĂšte et deux naves44. 45 Mohamed Ouerfelli, Les relations entre le royaume de Chypre et le sultanat mamlĂ»k au xve siĂšcle ... 46 Emmanuel Piloti, TraitĂ© dâEmmanuel Piloti sur le passage en Terre sainte 1420, Ă©d. Pierre-Herman ... 17Les captifs reprĂ©sentent pendant certaines pĂ©riodes de pĂ©nurie un besoin vital pour lâĂ©conomie chypriote, au point que les nĂ©gociations de paix entre le roi de Chypre et les Mamelouks achoppent sur cette question, ce qui implique la reprise des hostilitĂ©s entre les deux parties45. Câest le cas en 1415 ; le royaume est confrontĂ© Ă une grave crise Ă©conomique, liĂ©e principalement au manque de main dâĆuvre. Janus 1398-1432 ordonne aux Ă©quipages de la galĂ©e royale et dâune galiote de se diriger vers les cĂŽtes Ă©gyptiennes pour enlever des captifs. Au terme de cette opĂ©ration, 1500 personnes, des sujets du sultan mamelouk, ont Ă©tĂ© capturĂ©es et emmenĂ©es, pour ĂȘtre employĂ©es dans les domaines royaux, dont les revenus principaux proviennent de la production et de lâexportation du sucre. Selon Janus, qui rĂ©pond Ă Sanç Antoni Ametller, envoyĂ© dâurgence par le sultan mamelouk al-Muâayad 1412-1421 pour exiger la libĂ©ration immĂ©diate des prisonniers, ces 1500 personnes reprĂ©sentent un apport indispensable pour lâĂźle, qui Ă©prouve un besoin pressant de laboureurs et de planteurs de cannes Ă sucre46. 47 Benjamin Arbel, Venitian Cyprus and the muslim Levant », Cyprus and the crusades. Papers given ... 48 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 374-375. 49 Ibid., p. 360. 18Les territoires mamelouks constituent ainsi pour les Chypriotes un arriĂšre-pays oĂč ils peuvent se procurer une main dâĆuvre employable gratuitement dans leurs casaux47. Ainsi, les conseillers du roi Janus mettent tout leurs poids pour le convaincre de refuser toute nĂ©gociation de paix avec le sultan mamelouk et de poursuivre la course contre ses possessions nous te promettons quâen allant lâattaquer, nous rapporterons assez dâesclaves pour remplir lâĂźle48 ». Ces propos suscitent lâindignation du chroniqueur chypriote LĂ©once Macheras, qui affirme câest ainsi que raisonnent des conseillers sans expĂ©rience et nâayant pas la moindre idĂ©e du monde ». Dâautre part, ces discussions jettent une pleine lumiĂšre sur la place de la course comme source de revenu pour les seigneurs et les chevaliers de lâĂźle, comme le souligne clairement Macheras les seigneurs sâĂ©taient enrichis en pillant les Sarrasins49 ». 50 Mohamed Ouerfelli, Les relations », op. cit., p. 335-336. 51 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 380 le chroniqueur qualifie le comportement de ... 52 Ibidem. 53 Outre le maĂźtre sucrier, Macheras cite dâautres personnes comme ThĂ©otokis, le maçon du roi ou un Sy ... 19Les descentes rĂ©pĂ©tĂ©es des corsaires chypriotes et catalans sur les cĂŽtes syro-Ă©gyptiennes ont conduit le sultan mamelouk Barsbay 1422-1438 Ă organiser une expĂ©dition militaire contre lâĂźle, qui aboutit Ă sa prise en 1426 et Ă la libĂ©ration de tous les captifs employĂ©s dans les casaux du roi, comme dans ceux des seigneurs de lâĂźle50. Pendant cette conquĂȘte, le chroniqueur chypriote Macheras souligne la prĂ©sence de sarrasins baptisĂ©s, vivant dans lâĂźle, quâil qualifie dâesclaves et qui ont Ă©tĂ© persĂ©cutĂ©s par les chevaliers, afin de les empĂȘcher dâaller retrouver leurs coreligionnaires51. Parmi eux, figure un certain Georges de Tamathiani qui faisait cuire la poudre pour fabriquer la colle servant Ă Ă©purer le sucre52 ». Il ne sâagit sans doute pas dâun esclave, mais plutĂŽt dâun affranchi travaillant dans la raffinerie du roi53. 54 Louis de Mas Latrie, Histoire de lâĂźle de Chypre, op. cit., t. II, p. 458-459 ; Marie-Louise von Wa ... 55 Al-SayrafĂź, Nuzhat al-nufĂ»s wa-l-âabdĂąn fÄ« tawĂąrĂźkh al-zamĂąn, Ă©d. Hassan Habchi, Le Caire, DĂąr al-K ... 56 Ibidem. 20Les opĂ©rations militaires mameloukes dans lâĂźle ont par ailleurs rĂ©vĂ©lĂ© que les Corner, grande famille vĂ©nitienne, qui exploitait le village de Piskopi oĂč ils produisaient essentiellement du sucre, employaient des captifs musulmans dans leurs plantations54. Le rĂ©cit de rescapĂ©s, ayant rĂ©ussi Ă sâenfuir vers le camp de lâarmĂ©e mamelouke en 1426, met en lumiĂšre lâemploi de captifs par les VĂ©nitiens de Piskopi55. Douze personnes sont signalĂ©es sept sont rattrapĂ©es et reconduites au village et les cinq autres ont rĂ©ussi Ă sâĂ©chapper, dâoĂč leur tĂ©moignage qui met en cause non seulement les Corner, mais aussi la neutralitĂ© de la rĂ©publique de Venise dans le conflit entre le royaume de Chypre et le sultanat mamelouk. Selon ces tĂ©moins, une galĂ©e vĂ©nitienne accostant Ă Piskopi transportait Ă son bord des marchands qui venaient charger du sucre et surtout une importante cargaison dâarmes destinĂ©e au roi de Chypre56. 57 Margaret Newett, Ă©d., Canon Pietro Casolaâs pilgrimage to Jerusalem in the year 1494, Manchester, U ... 21AprĂšs lâĂ©tablissement de la paix avec lâĂgypte, les traces de captifs employĂ©s dans les plantations et les sucreries sâeffacent. Ă la fin du xve siĂšcle, le voyageur italien Pietro Casola, en visite sur lâĂźle, ne parle ni de captifs, ni dâesclaves. Il note la prĂ©sence dâune main dâĆuvre libre travaillant dans la raffinerie des Corner Ă Piskopi plus de quatre cents ouvriers y opĂšrent et sont payĂ©s Ă la fin de chaque semaine57. Ainsi, ces exemples de captifs dans lâĂźle nâĂ©taient quâune pratique temporaire, rendue nĂ©cessaire par un manque cruel de main dâĆuvre et favorisĂ©e par une situation politique et militaire tendue. 58 David Jacoby, La production du sucre en CrĂšte vĂ©nitienne lâĂ©chec dâune entreprise Ă©conomique ... 59 Hyppolite Noiret, Documents inĂ©dits pour servir Ă lâhistoire de la domination vĂ©nitienne en CrĂšte d ... 60 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 136. 61 Hyppolite Noiret, Documents inĂ©dits, op. cit., p. 324-325 ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., ... 22Le centre crĂ©tois est moins important que Chypre du point de vue de la production et du nombre dâentrepreneurs engagĂ©s. AprĂšs de nombreuses tentatives pour introduire lâindustrie du sucre dans cette Ăźle, une seule entreprise est créée et autorisĂ©e par la rĂ©publique de Venise Ă partir de 142858. Selon une rĂ©solution du SĂ©nat, Marco de Zanono, citoyen vĂ©nitien, obtient lâexclusivitĂ© de la production dans lâĂźle pendant une pĂ©riode de dix ans59. Les quelques informations qui nous sont parvenues sur cette entreprise, Ă©manant notamment des dĂ©libĂ©rations du SĂ©nat de Venise, indiquent clairement la prĂ©sence dâouvriers60. La main dâĆuvre engagĂ©e dans les plantations et les installations industrielles est soumise au mĂȘme traitement que les Ă©quipages des galĂ©es marchandes ; tout ouvrier fuyard sera traitĂ© et puni de la mĂȘme façon et dans des conditions identiques que les dĂ©serteurs des galĂ©es. Marco de Zanono doit informer ses salariĂ©s de ces conditions avant de les engager dans son entreprise ; le SĂ©nat accordera sa confiance aux livres de comptes quâil tiendra pour le paiement de ses employĂ©s61. Des traces fugitives dâesclaves en MĂ©diterranĂ©e occidentale 62 Carmelo Trasselli, Storia dello zucchero siciliano, Caltanissetta-Rome, Salvatore Sciascia, 1982 ; ... 23Dans le bassin occidental de la MĂ©diterranĂ©e, les entreprises sucriĂšres font appel Ă une main dâĆuvre libre, payĂ©e selon le degrĂ© de sa qualification. La Sicile, centre de production de premier plan au xve siĂšcle, reprĂ©sente par ailleurs un observatoire de prĂ©dilection pour apprĂ©hender lâorganisation du travail dans les entreprises sucriĂšres et la nature de la main dâĆuvre employĂ©e. En effet, les dĂ©pouillements de quelque deux mille piĂšces documentaires dans les archives palermitaines mettent en lumiĂšre des contrats Ă©tablis entre des patrons de trappeti et des entrepreneurs agricoles ou des artisans pour accomplir les diffĂ©rents services de la plantation Ă la raffinerie62. Ces recherches mettent en Ă©vidence une organisation rigoureuse du travail et une spĂ©cialisation dans lâaccomplissement des tĂąches ; chaque poste de travail est clairement dĂ©fini par les contrats. On retrouve Ă©galement ces jeunes garçons, qui travaillaient dans les centres Ă©gyptiens aux cĂŽtĂ©s de leurs parents, pour les aider Ă accomplir certaines tĂąches. QualifiĂ©s de famuli ou dâinfanti, ces ouvriers sont dĂ©pourvus dâexpĂ©rience et sont appelĂ©s Ă aider le personnel qualifiĂ© de la sucrerie. 63 Les deux graphiques sont rĂ©alisĂ©s Ă partir dâune cinquantaine de contrats de recrutement, instrumen ... 24Comme lâindiquent les deux graphiques des salaires des infanti de chanca, qui travaillent Ă lâĂ©tabli, et des infanti de caldaria, qui sâoccupent des chaudiĂšres, ces ouvriers, tout comme les famuli de fucaloru, qui alimentent et entretiennent les fourneaux, touchent une rĂ©tribution, variable pour les infanti di chanca et stable en revanche pour les infanti di caldaria63. Tableau no 1 Salaires des Infanti di caldaria en Sicile 1410-1490 en tari par mois Graphique composĂ© par lâauteur. Tableau no 2 Salaires des Infanti di chanca en Sicile 1415-1490 en tari par mois Graphique composĂ© par lâauteur. 64 Archivio di Stato di Palermo, Notai Defunti dĂ©sormais ASP. ND., NiccolĂČ Aprea 828, 65 Charles Verlinden, Lâesclavage, t. II, op. cit., p. 231. 66 Antonino Giuffrida, La produzione dello zucchero in un opificio della piana di Carini nella seco ... 67 ASP, ND, Giovanni Randisio, 68 Voir les graphiques sur lâĂ©volution des salaires des ouvriers pendant le xve siĂšcle ; Mohamed Ouerf ... 25Les recherches ont rĂ©vĂ©lĂ© quelques traces fugitives de la prĂ©sence dâesclaves employĂ©s par leurs maĂźtres dans les plantations ou dans les sucreries. Ce sont au total quatre exemples ; câest dire combien câest peu le premier est trĂšs particulier, puisquâil sâagit dâun maĂźtre sucrier, un technicien et dĂ©tenteur de savoir-faire. En 1459, Pietro de Carastono vend Ă NiccolĂČ de la Chabica dix esclaves, dont Jacobus Niger zuccararius, pour la somme de douze onces64. Le deuxiĂšme est celui de lâesclave turc Mustafa louĂ© en 1462, par son maĂźtre Giovanni Planchininu Ă NiccolĂČ, fils de feu Giuliano de Bologne, Ă 20 tari par mois65. Le troisiĂšme exemple est reprĂ©sentĂ© par les six esclaves appartenant Ă Giovanni Bayamonte, et qui travaillent dans son trappeto pendant la campagne de 1472-1473, Ă cĂŽtĂ© de 65 ouvriers recrutĂ©s66. Ce mĂȘme entrepreneur, qui a visiblement du mal Ă recruter de la main dâĆuvre, comme lâindique le quatriĂšme exemple, loue le 7 fĂ©vrier 1477, Ă Pietro de Spagna lâesclave noir Giovanni Ragazu, pour la saison de la cuisson du sucre, Ă raison de 12 tari par mois67. Ces exemples reprĂ©sentent des cas exceptionnels ; leurs maĂźtres perçoivent une rĂ©munĂ©ration pour les services quâils accomplissent, notamment pour le deuxiĂšme et le quatriĂšme exemples. En revanche, la main dâĆuvre salariĂ©e paraĂźt ĂȘtre la rĂšgle comme le montrent les milliers de contrats dâembauche et les salaires offerts Ă chaque tĂąche aussi bien dans la plantation que dans le trappeto68. 69 Ibid., p. 294. 26Il se dĂ©gage donc de notre Ă©tude que les rĂ©tributions des ouvriers dans les plantations et surtout les raffineries sont plus Ă©levĂ©es que dans les autres activitĂ©s de lâĂ©conomie de lâĂźle69. Elles ont connu une certaine augmentation Ă la fin du xive siĂšcle, un peu moins au dĂ©but du siĂšcle suivant, pour se stabiliser durablement jusquâĂ la derniĂšre dĂ©cennie, oĂč lâon constate une hausse des salaires, due Ă la rarĂ©faction de la main dâĆuvre. En parallĂšle Ă cette stagnation, le rythme du travail sâaccĂ©lĂšre de façon significative ; la croissance des entreprises sucriĂšres, le souci de rendement et surtout la volontĂ© de rĂ©duire les coĂ»ts de main dâĆuvre, expliquent lâamplification des tĂąches du personnel et lâaggravation des conditions de travail dans les sucreries. La rĂ©partition des salaires entre les diffĂ©rents postes de travail dans une raffinerie montre que le salariat suffit pour assurer toutes les Ă©tapes de la production et quâune structure esclavagiste des plantations nâexiste nulle part en MĂ©diterranĂ©e au Moyen Ăge. 70 Jacqueline Guiral-Hadziiossif, La diffusion et la production de la canne Ă sucre xiiie-xvie siĂš ... 71 Arxiu del Regne de ValĂšncia ARV, Reial Cancelleria RC, no 641 ProcĂšs sobre fabricaciĂł de sucr ... 72 ARV, RC, 641, f. 68r-69v. 73 Maite Framis Montoliu, La baronia de BeniarjĂł, dels March als Montcada catĂ leg documental, Simat ... 74 AmĂ©dĂ©e PagĂšs, Ausias March et ses prĂ©dĂ©cesseurs essai sur la poĂ©sie amoureuse et philosophique en ... 27Dans le royaume de Valence, des paysans musulmans et chrĂ©tiens cultivent la canne Ă sucre ; ils assurent Ă©galement toutes les tĂąches dans les trapig, oĂč ils vont chercher un complĂ©ment de salaire70. GrĂące au ProcĂšs sobre fabricaciĂł de sucre 1433-1437, intentĂ© par lâĂglise contre les seigneurs du royaume de Valence pour les obliger Ă payer les dĂźmes sur la production du sucre, nous connaissons prĂ©cisĂ©ment les circonstances de lâextension fulgurante des plantations et de la construction de nombreuses sucreries71. Tous les tĂ©moins appelĂ©s Ă la barre sont unanimes sur le fait que les paysans, sans doute encouragĂ©s par les seigneurs, ont remplacĂ© les cultures du blĂ© et de lâorge par celle de la canne Ă sucre72. Le poĂšte et chevalier Ausias March, qui a hĂ©ritĂ© de son pĂšre Pere March les fiefs de Pardines, de Verniça et surtout de la huerta de Beniarjo, sur les bords de la riviĂšre dâAlcoy, oĂč la canne Ă sucre est bien Ă©tablie dĂšs le dĂ©but du xve siĂšcle73, nâaurait pu dĂ©velopper ses plantations et installer sa sucrerie sans lâapport des paysans musulmans qui peuplaient ses fiefs74. 75 Ferran Garcia-Oliver, Les companyies del trapig », Afers, 32, 1999, p. 189-190. 76 Piotr Radzikowsky, Ă©d., Reisebeschreibung Niclas von Popplau Ritters,bĂŒrtig von Breslau, Cracovie, ... 77 Ferran Garcia-Oliver, Les companyies », op. cit., p. 190. 28La main dâĆuvre employĂ©e dans les trapig est aussi composĂ©e de musulmans et de chrĂ©tiens, qui viennent des villages environnants chercher un complĂ©ment de salaire ; parmi eux, on ne relĂšve aucune trace dâesclaves. Des 78 ouvriers, prĂ©sentĂ©s en 1436 devant le notaire Pere Pugeriol pour sâengager dans la sucrerie de Gandia, 65 sont musulmans et 13 chrĂ©tiens75. En 1486, Nicolas Popplau, en voyage entre Almenara et Villareal, signale des plantations de cannes Ă sucre cultivĂ©es par des musulmans76. De mĂȘme, les 62 personnes recrutĂ©es en 1554 pour travailler dans le trapig de RĂ fol de Valldigna sont toutes musulmanes77. 78 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 142-148. 79 Abd al-IlĂąh BenmlĂźh, Al-riqq fĂź bilĂąd al-Maghrib wa-l-Andalus Lâesclavage au Maghreb et en al-Anda ... 29Quant au Maghrib al-AqsĂą, ultime centre de production en MĂ©diterranĂ©e occidentale, la canne Ă sucre y est introduite depuis au moins le xe siĂšcle, mais la production demeure trĂšs limitĂ©e jusquâĂ la fin du Moyen Ăge, Ă la fois au niveau des surfaces cultivĂ©es, mais aussi en matiĂšre dâimplication du pouvoir et de ses investissements pour dĂ©velopper cette nouvelle industrie78. Dans sa thĂšse sur Lâesclavage au Maghreb et en al-Andalus pendant les xe-xiie siĂšcles, Abd al-IlĂąh BenmlĂźh sâest longuement interrogĂ© sur le silence des sources et sur lâemploi dâesclaves dans lâagriculture. Les quelques tĂ©moignages Ă©pars sont ambigus et ne permettent pas de rĂ©pondre Ă ces questionnements ; aussi conclut-il prudemment que lâemploi de la main dâĆuvre servile ne pouvait ĂȘtre que ponctuel et quâil Ă©tait rare de recourir aux esclaves pour effectuer certaines tĂąches dans les champs79. 30Il faut attendre le xive siĂšcle pour voir des installations sucriĂšres relativement nombreuses Ă Marrakech environ une quarantaine de pressoirs transforment les rĂ©coltes rassemblĂ©es des plantations autour de la ville. Plusieurs sortes de sucre sont produites, dont la meilleure qualitĂ© est 80 Al-UmarĂź, MasĂąlik al-âabsĂąr fĂź mamĂąlik al-âamsĂąr, I lâAfrique moins lâĂgypte, trad. Godefroy Dem ... ĂpurĂ©e et raffinĂ©e, [âŠ] est parfaitement blanche, compacte, et dâun goĂ»t dĂ©licieux. Il [le sucre] approche du sucre raffinĂ© dâĂgypte, sâil ne lui est mĂȘme Ă©gal. Mais le sucre que lâon fait au Maroc nâest pas abondant, et sâils plantaient plus de cannes, il y aurait davantage de sucre80. 31LâenquĂȘte minutieusement menĂ©e par al-UmarĂź m. 1349 auprĂšs de MaghrĂ©bins rĂ©sidant au Caire, sur la consommation du sucre par les Marocains au xive siĂšcle, montre quâil est sans doute question de petites unitĂ©s de production qui fonctionnent pour approvisionner un marchĂ© rĂ©gional, celui de lâIfrĂźqiya et du Sahara, sans pouvoir atteindre les villes marchandes europĂ©ennes. 81 Jean-LĂ©on lâAfricain, Description de lâAfrique, op. cit., I, p. 178. 82 Bernard Rosenberger, La production de sucre au Maroc au xvie siĂšcle. Aspects techniques et socia ... 32AprĂšs 1492 et la chute du royaume de Grenade, des Andalous se rĂ©fugient au Maghreb et sâinstallent dans plusieurs villes du Maroc, notamment Ă Camis Metgara, oĂč ils dĂ©veloppent les cultures du mĂ»rier et de la canne Ă sucre. Mais les opĂ©rations de raffinage ne rĂ©ussissent pas ; le sucre produit est de couleur noire et de mauvaise qualitĂ©81, dâoĂč les tentatives des souverains sadiens de faire venir secrĂštement des maĂźtres sucriers de MadĂšre, pour effectuer des sĂ©jours ponctuels et amĂ©liorer la qualitĂ© du sucre produit. En 1553, un marin portugais est accusĂ© de transporter illĂ©galement ces experts dans lâart de raffiner le sucre vers le sud-ouest du Maroc82. 33Dans un contexte de compĂ©tition avec les possessions portugaises et les CaraĂŻbes, des Juifs, intĂ©ressĂ©s par lâexportation du sucre, sâimpliquent activement dans la gestion de grands complexes industriels. Ceux-ci ont nĂ©cessitĂ© une main dâĆuvre nombreuse pour travailler Ă la fois dans les plantations et dans les sucreries, dâoĂč lâidĂ©e dâemployer des prisonniers rĂ©cemment capturĂ©s. Ă en croire le tĂ©moignage de Marmol, le principal trafic dans le royaume du Maroc au xvie siĂšcle est celui du sucre 83 LâAfrique de Marmol, trad. Nicolas Perrot sieur dâAblancourt, Paris, 1667, III/ 2, p. 28-31 [âŠ] Le sucre est fort fin depuis quâun Juif qui sâĂ©tait fait Maure dressa les moulins avec lâaide des captifs que le chĂ©rif fit au cap dâAguer83. 84 Paul Berthier, Un Ă©pisode de lâhistoire de la canne Ă sucre, les anciennes sucreries du Maroc et le ... 85 Bernard Rosenberger, La production », op. cit., p. 170-171. 34Paul Berthier a fouillĂ© les grandes sucreries mises en place par les chĂ©rifs sadiens au xvie siĂšcle ; il a cru pouvoir apporter, Ă partir de la toponymie, des preuves formelles de la prĂ©sence dâesclaves dans les centres de production. Il a en effet remarquĂ© lâexistence de sites Ă proximitĂ© des sucreries de Saouira al-QadĂźma, de Chichaoua et de Tazemourt I, appelĂ©s DiyĂąr al-abĂźd les maisons des esclaves, SĂ»r al-abĂźd la muraille des esclaves et QusĂ»r al-abĂźd les chĂąteaux des esclaves84. Or, les constructions en question datent dâune Ă©poque postĂ©rieure Ă celle des sucreries85. Une lecture attentive des textes contemporains de lâexpansion de lâindustrie du sucre rĂ©fute littĂ©ralement ces arguments toponymiques. Des paysans libres et des tribus sont impliquĂ©s directement dans la culture de la canne Ă sucre. Luis del Marmol dĂ©crit ainsi la rĂ©gion de SĂ»s al-âAqsĂą 86 LâAfrique de Marmol, op. cit., t. II, p. 29. Tous les habitants sont berbĂšres de la tribu des Masmouda et plus illustres que ceux de Hea, parce quâils sont plus riches et se traitent mieux, particuliĂšrement ceux des villes qui sâemploient aux sucres et au labourage86. 87 Abd al-IlĂąh BenmlĂźh, Al-Riqq fĂź bilĂąd al-Maghrib wa-l Andalus Lâesclavage au Maghreb et en al-Anda ... 35Au Maghrib al-AqsĂą comme ailleurs dans tous les centres mĂ©diterranĂ©ens, les esclaves sont employĂ©s surtout comme domestiques et dans certaines rĂ©gions dans les travaux agricoles, lorsque la main dâĆuvre manque cruellement87. 36Ce bref dĂ©tour par les centres de production mĂ©diterranĂ©ens ne laisse aucun doute quant Ă lâabsence dâutilisation de main dâĆuvre servile dans les plantations et les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes. Celles-ci font essentiellement appel Ă des paysans, Ă des entrepreneurs agricoles ou Ă des salariĂ©s payĂ©s Ă façon ou par mois, pour accomplir toutes les tĂąches nĂ©cessaires aussi bien dans la plantation que dans le complexe industriel. Les quelques exemples dâesclaves ou de captifs apparaissant dans la documentation ne sont que rarement employĂ©s et ne sont de fait que trĂšs peu reprĂ©sentĂ©s dans lâorganisation du travail des unitĂ©s de production mĂ©diterranĂ©ennes. Il faut sans hĂ©sitation rejeter cette image souvent vĂ©hiculĂ©e dâun esclavage colonial ». Ce phĂ©nomĂšne a plutĂŽt marquĂ© les CaraĂŻbes et les AmĂ©riques, oĂč lâemploi de la main dâĆuvre servile est devenu systĂ©matique et massif. Produire du sucre en MĂ©diterranĂ©e ne peut donc pas ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une forme dâĂ©conomie esclavagiste telle quâon lâa vue dans le Nouveau Monde. Le modĂšle mĂ©diterranĂ©en ne transparaĂźt quâĂ travers les progrĂšs techniques largement mis Ă profit pour dĂ©velopper une Ă©conomie des plantations sur une grande Ă©chelle. Top of page Notes 1 Charles Verlinden, Lâesclavage dans lâEurope mĂ©diĂ©vale, I PĂ©ninsule IbĂ©rique-France, Bruges, 1955 ; Id., Lâesclavage dans lâEurope mĂ©diĂ©vale, II Italie, colonies italiennes du Levant, Levant latin, Empire byzantin, Bruges, 1977 ; Domenico GioffrĂš, Il mercato degli schiavi a Genova nel secolo xv, GĂȘnes, 1971 ; Michel Balard, La Romanie gĂ©noise xiie-dĂ©but du xve siĂšcle, Rome, Ăcole française de Rome, 1978, 2 vol. 2 On peut citer trois publications rĂ©centes Roger Botte et Alessandro Stella, dir., Couleur de lâesclavage sur les deux rives de la MĂ©diterranĂ©e Moyen Ăge-xxe siĂšcle, Paris, Karthala, 2012 ; Les esclaves en MĂ©diterranĂ©e. Espaces et dynamiques Ă©conomiques, Ătudes rĂ©unies par Fabienne Plazolles GuillĂ©n et Salah Trabelsi, Madrid, Casa de VelĂĄzquez, 2012, et Ivan Armenteros MartĂnez, Lâesclavitud a la Barcelona del Renaixement 1479-1516. Un port mediterrani sota la influĂšncia del primer trĂ fic negrer, Barcelone / Lleida, FundaciĂł Noguera / PagĂšs Editors, 2015. 3 La route du sucre du viiie au xviiie siĂšcle, colloque international organisĂ© par lâAssociation populaire pour lâĂducation scientifique, 2000, Ă©d. Ă. Eadie, Schoelcher, en 2002. 4 Dans les actes du colloque organisĂ© Ă Schoelcher, Maurice Burac et Christian Montbrun persistent Ă croire en la relation Ă©troite entre la diffusion de la canne Ă sucre et le commerce des esclaves dans la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale Maurice Burac, La canne Ă sucre la route Asie-AmĂ©rique », La route, op. cit., p. 17-31 ; Christian Montbrun, La canne Ă sucre de lâAsie au Maroc au xvie siĂšcle », La route, op. cit., p. 49-61. Dans un essai de synthĂšse du mĂȘme colloque, Ămile Eadie, au lieu de vĂ©rifier les conclusions, par ailleurs justes, de Michel Balard Les conditions de la production sucriĂšre en MĂ©diterranĂ©e orientale Ă la fin du Moyen Ăge », La route du sucre du viiie au xviiie siĂšcle, op. cit., p. 41-48., sur la quasi inexistence dâesclaves dans les sucreries mĂ©diterranĂ©ennes, sâinterroge de maniĂšre dĂ©plorable sur ce quâil qualifie de procĂ©dĂ© pour dĂ©guiser la situation historique rĂ©elle ». 5 Charles Verlinden, Les Origines de la civilisation atlantique. De la Renaissance Ă lâĂąge des LumiĂšres, NeuchĂątel, La BaconiĂšre et Paris, Albin Michel, 1967, p. 178. On trouve les mĂȘmes idĂ©es dans dâautres travaux du mĂȘme auteur, notamment sur lâemploi des esclaves dans les plantations mĂ©diterranĂ©ennes Id., Aspects de lâesclavage dans les colonies mĂ©diĂ©vales italiennes », Ăventail de lâhistoire vivante. Hommage Ă Lucien Febvre, Paris, 1953, p. 102-103 ; Id., Dal Mediterraneo allâAtlantico », Contributi per la storia economica, Prato, Istituto internazionale di storia economica F. Datini, 1973, p. 38-42 ; Id., De la colonisation mĂ©diĂ©vale italienne au Levant Ă lâexpansion ibĂ©rique en Afrique continentale et insulaire. Analyse dâun transfert Ă©conomique, technologique et culturel », Bulletin de lâinstitut historique belge de Rome, 53-54, 1983-1984, p. 104-107. 6 Sidney Mintz, Sucre blanc, misĂšre noire, le goĂ»t et le pouvoir, traduit de lâanglais par R. Ghani, Paris, Nathan, 1991, p. 49. 7 Jock H. Galloway, The sugar cane industry, an historical geography from its origin to 1914, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, p. 190. 8 Blaise Essomba, Sucre mĂ©diterranĂ©en, sucre atlantique et le commerce du Nord europĂ©en aux xve et xvie siĂšcles, thĂšse de doctorat inĂ©dite, UniversitĂ© de Paris 1, 1981. 9 Ibid., p. 10-14, 37-38, 48, 52-53 et 63. 10 Ibid., p. 12. 11 Patrick Manning, Slavery and african life. Occidental, oriental and african slave trades, Cambridge University Press, 1990, p. 29 ; Id., Why Africans ? The rise of the slave trade to 1700 », The slavery reader, Ă©d. Gad Heuman et James Walvin, Londres-New York, 2003, p. 32 ; voit Ă©galement Brian A. Catlos, Muslim of medieval latin christendom, c. 1050-1614, Cambridge University Press, 2014, p. 265. 12 Mohamed Ouerfelli, Le sucre production, commercialisation et usages dans la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale, Leyde-Boston, Brill, 2008, p. 287-292. 13 Salah Trabelsi, Lâesclavage domanial dans le paysage agraire musulman au Moyen Ăge », Esclavage et dĂ©pendances serviles histoire comparĂ©e, Ă©d., Myriam Cottias, Alessandro Stella et Bernard Vincent, Paris, LâHarmattan, 2006, p. 306-307 ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 22-24. 14 Faysal al-SĂąmir, Thawrat al-ZenÄ la rĂ©volte des ZenÄ, en arabe, Bagdad, Maktabat al-ManĂąr, 1971, p. 26. 15 Alexandre Popovic, La RĂ©volte des esclaves en Iraq au iiie/ixe siĂšcle, Paris, Paul Geuthner, 1976, p. 64. 16 François Renault, La Traite des noirs au Proche-Orient mĂ©diĂ©val, viie-xive siĂšcles, Paris, Paul Geuthner, 1989, p. 44. Sur la question des nouvelles cultures introduites dans le monde musulman, cf. Andrew M. Watson, Agricultural innovation in the early islamic world. The diffusion of crops and farming techniques, 700-1100, Cambridge, Cambridge University Press, 1983. 17 Faysal al-SÄmir, Thawrat al-ZenÄ, op. cit., p. 34-35. 18 Ibid., p. 30. 19 Al-TabarĂź, TĂąrĂźkh al-rusul wa-l-mulĂ»k, Beyrouth, KhayĂąt, s. d., t. III, 12, p. 1742 et 1750. Ibn al-âAthĂźr, Al-KĂąmil fĂź al-tĂąrĂźkh, Beyrouth, DĂąr SĂądir, 1982, t. vii, p. 205. 20 Faysal al-SĂąmir, Thawrat al-ZenÄ, op. cit., p. 51 ; Salah Trabelsi, Lâesclavage domanial », op. cit., p. 307. 21 Ahmad Ulabi, Thawrat al-ZenÄ wa qĂąâiduhĂą Muhammad Ibn AlĂź, Beyrouth, DĂąr al-FĂąrĂąbĂź, 1961, p. 102. 22 Ibid., p. 102-106. 23 NoĂ«l Deerr, The history of sugar, Londres, Chapman and Hall, 1950, II, p. 259. 24 Ibn Hawqal, La configuration de la terre KitĂąb sĂ»rat al-ard, trad. J. H. Kramers et G. Wiet, Paris, Maisonneuve et Larose, 1964, rĂ©impr. 2001, I, p. 108. 25 Les esclaves noirs servaient dans lâarmĂ©e fatimide depuis le rĂšgne du calife al-MahdĂź 910-934 ; ils formaient un corps et Ă©taient dĂ©signĂ©s sous le terme de Zawilites ils venaient de ZawĂźla, chef-lieu du FezzĂąn, grand marchĂ© des esclaves ; Farhat Dachraoui, Le califat fatimide au Maghreb, 296-362/909-973. Histoire politique et institutions, Tunis, STD, 1981, p. 370-371. Lorsque les Fatimides sâinstallent en Ăgypte, le corps des Soudanais prend une importance accrue et rivalise avec celui des Turcs, jusquâĂ lâarrivĂ©e de Saladin en 1169, qui dĂ©cide de sâen dĂ©barrasser ; L. Jere Bacharach, African military slaves in the medieval Middle East the case of Iraq 869-955 and Egypt 868-1171 », International Journal of Middle East Studies, 13, 1981, p. 471-495 ; AbbĂšs Zouache, ArmĂ©es et combats en Syrie 491/1098-569/1174. Analyse comparĂ©e des chroniques mĂ©diĂ©vale latines et arabes, Damas, IFPO, 2008, p. 251-254. 26 François Renault, La traite des noirs au Proche-Orient mĂ©diĂ©val, op. cit., p. 44. 27 Jean Sauvaget, Sur un papyrus arabe de la BibliothĂšque Ă©gyptienne », Annales de lâInstitut dâĂ©tudes orientales, 8, 1948, p. 29-38. 28 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 69-70. 29 Al-MakhzĂ»mĂź, KitĂąb al-minhĂąÄ fĂź ilm kharĂąÄ Misr », Ă©d. Claude Cahen et Youssef Raghib, SupplĂ©ment aux Annales islamologiques, cahier no 8, le Caire, 1986, p. 5. 30 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 295. 31 Nassiri Khosrau, Sefer Nameh, Ă©d. et trad. Charles Schefer, Paris, Ernest Leroux, 1881, p. 118-119. 32 Nicolas Michel, Devoirs fiscaux et droits fonciers la condition des fellahs Ă©gyptiens xiiie-xvie siĂšcles », Journal of Economic and Social History of the Orient, 43/2, 2000, p. 521-578. 33 Sur les modes dâexploitation en Syrie et surtout en Ăgypte, cf. Mounira Chapoutot-Remadi, Lâagriculture dans lâempire mamlĂ»k dâaprĂšs al-NuwayrĂź », Cahiers de Tunisie, 85-86, 1974, p. 37-43 ; Tsugitaka Sato, State and rural society in medieval Islam. Sultans, muqtas and fallahun, Leyde-New York-Cologne, Brill, 1997, p. 188-220 ; Nicolas Michel, Devoirs fiscaux », op. cit., p. 521-578. 34 Claude Cahen, LâIslam des origines au dĂ©but de lâempire ottoman, Paris, Hachette, 1995, p. 177-178 ; Id., Le rĂ©gime des impĂŽts dans le Fayyum des Ayyubides », Arabica, 3, 1956, p. 23 ; rĂ©impr. dans MakhzĂ»miyyĂąt. Ătudes sur lâhistoire Ă©conomique et financiĂšre de lâĂgypte mĂ©diĂ©vale, Leyde, Brill, 1977. 35 Al-NuwayrĂź, NihĂąyat al-âarab fĂź funĂ»n al-âadab, Le Caire, DĂąr al-Kutub, 2007, t. viii, p. 265-268. 36 Al-NuwayrĂź, NihĂąyat al-âarab fĂź funĂ»n al-âadab, Le Caire, DĂąr al-Kutub, 2002, t. xxxii, p. 262 ; Al-QalqaĆĄandĂź, Subh al-âaĆĄĂą fĂź sinĂąat al-âinĆĄĂą, Le Caire, al-Matbaa al-âAmĂźriya, 1919, t. xiv, p. 34. 37 Mohamed Ouerfelli, Organisation spatiale et rĂ©percussions de lâindustrie du sucre sur le paysage urbain FustÄt et Palerme xive-xve siĂšcle », Villes mĂ©diterranĂ©ennes au Moyen Ăge, Ălisabeth Malamut et Mohamed Ouerfelli, dir., Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2014, p. 197-215. 38 Ibn al-HĂąÄ, Al-Madkhal âilĂą tanmiyat al-âamĂąl bitahsĂźn al-niyĂąt, Le Caire, 1929, t. IV, p. 150-151 et 153. 39 LĂ©on lâAfricain, Description de lâAfrique, trad. de lâitalien par A. Epaulard, Paris, Maisonneuve, 1956, t. II, p. 502. 40 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 126-127. 41 Claude Delaval Cobham, Excerpta Cypria materiels for a history of Cyprus, Cambridge, Cambridge University Press, 1908, p. 19 ; Louis de Mas Latrie, Histoire de lâĂźle de Chypre sous le rĂšgne des princes de la maison de Lusignan, Paris, Imprimerie impĂ©riale, 1852-1861, t. II, p. 212 ; Benjamin Arbel, Slave trade and slave labor in Frankish Cyprus1191-1571 », Studies in medieval and renaissance history, 14, 1993, p. 160. 42 Dominique ValĂ©rian, Les captifs et la piraterie une rĂ©ponse Ă une conjoncture dĂ©primĂ©e ? Le cas du Maghreb au xive et xve siĂšcles », Les esclaves en MĂ©diterranĂ©e, op. cit., p. 119-129. Voir Ă©galement Antonio de Almeida Mendes, Le premier Atlantique portugais entre deux MĂ©diterranĂ©e comment les Africains ont dĂ©veloppĂ© le Vieux Monde xve-xvie siĂšcles », Les esclaves en MĂ©diterranĂ©e, op. cit., p. 156. Sur lâimportance du trafic des captifs, cf. Wolfgang Kaiser, Ă©d., Le commerce des captifs. Les intermĂ©diaires dans lâĂ©change et le rachat des prisonniers en MĂ©diterranĂ©e, xve-xviiie siĂšcle, Rome, Ăcole française de Rome, 2008. 43 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, trad. Emmanuel Miller et C. Sathas, Paris, Ernest Leroux, 1882, p. 81-82. 44 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 109 ; Mohamed Ouerfelli, Les migrations liĂ©es aux plantations et Ă la production du sucre dans la MĂ©diterranĂ©e Ă la fin du Moyen Ăge », Migrations et diasporas mĂ©diterranĂ©ennes xe-xvie siĂšcles. Actes du colloque international de Conques, octobre 1999, rĂ©unis par Michel Balard et Alain Ducellier, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, p. 491. 45 Mohamed Ouerfelli, Les relations entre le royaume de Chypre et le sultanat mamlĂ»k au xve siĂšcle », Le Moyen Ăge, 110/2, 2004, p. 327-344. 46 Emmanuel Piloti, TraitĂ© dâEmmanuel Piloti sur le passage en Terre sainte 1420, Ă©d. Pierre-Herman Dopp, Louvain-Paris, BĂ©atrice-Nauwelaerts, 1958, p. 174-175. 47 Benjamin Arbel, Venitian Cyprus and the muslim Levant », Cyprus and the crusades. Papers given at the International Conference Cyprus and the Crusadesâ, Nicosie, 6-9 septembre, 1994, Ă©d. Nicholas Coureas et Jonathan Riley-Smith, Nicosie, 1995, p. 159. 48 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 374-375. 49 Ibid., p. 360. 50 Mohamed Ouerfelli, Les relations », op. cit., p. 335-336. 51 LĂ©once Macheras, Chronique de Chypre, op. cit., p. 380 le chroniqueur qualifie le comportement des chevaliers, peut-ĂȘtre par sentiment anti-latin, dâerreur, car ces pauvres baptisĂ©s se sont enfuis pour se cacher dans les montagnes, plutĂŽt que de se rendre aux Mamelouks. 52 Ibidem. 53 Outre le maĂźtre sucrier, Macheras cite dâautres personnes comme ThĂ©otokis, le maçon du roi ou un Syrien affranchi. Le terme affranchi » et les mĂ©tiers quâils occupent montrent que ces personnes ne sont plus esclaves. 54 Louis de Mas Latrie, Histoire de lâĂźle de Chypre, op. cit., t. II, p. 458-459 ; Marie-Louise von Wartburg, Production de sucre de canne Ă Chypre un chapitre de technologie mĂ©diĂ©vale », Coloniser au Moyen Ăge, Ă©d. Michel Balard et Alain Ducellier, Paris, Armand Colin, 1995, p. 131. 55 Al-SayrafĂź, Nuzhat al-nufĂ»s wa-l-âabdĂąn fÄ« tawĂąrĂźkh al-zamĂąn, Ă©d. Hassan Habchi, Le Caire, DĂąr al-Kutub, 1973, t. III, p. 82. 56 Ibidem. 57 Margaret Newett, Ă©d., Canon Pietro Casolaâs pilgrimage to Jerusalem in the year 1494, Manchester, University Press, 1907, p. 216. 58 David Jacoby, La production du sucre en CrĂšte vĂ©nitienne lâĂ©chec dâune entreprise Ă©conomique », Rhodonia. Homage to M. I. Manoussakas, Ă©d. C. Maltezou, T. Detorakes et C. Charalampakes, Rethymno, 1994, p. 167-180 ; rĂ©impr. dans Trade, commodities and shipping in the medieval Mediterranean, Londres, Variorum Reprints, 1997 ; Mohamed Ouerfelli, Sugar production and exportation in Crete at the end of the Middle Ages 15th Century », Journal of Oriental and African Studies, 24, 2015, p. 123-133. 59 Hyppolite Noiret, Documents inĂ©dits pour servir Ă lâhistoire de la domination vĂ©nitienne en CrĂšte de 1380 Ă 1485, Paris, Thorin, 1892, p. 324-325 ; Freddy Thiriet, Regestes des dĂ©libĂ©rations du SĂ©nat de Venise concernant la Romanie, Paris-La Haye, 1958-1961, t. II, p. 251, doc. no 2100. 60 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 136. 61 Hyppolite Noiret, Documents inĂ©dits, op. cit., p. 324-325 ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 136. 62 Carmelo Trasselli, Storia dello zucchero siciliano, Caltanissetta-Rome, Salvatore Sciascia, 1982 ; Henri Bresc, Un monde mĂ©diterranĂ©en, Ă©conomie et sociĂ©tĂ© en Sicile 1350-1450, Palerme-Rome, Ăcole française de Rome, 1986, p. 227-252 ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 229-250. 63 Les deux graphiques sont rĂ©alisĂ©s Ă partir dâune cinquantaine de contrats de recrutement, instrumentĂ©s par les notaires palermitains, au profit de plusieurs patrons de trappeti. 64 Archivio di Stato di Palermo, Notai Defunti dĂ©sormais ASP. ND., NiccolĂČ Aprea 828, 65 Charles Verlinden, Lâesclavage, t. II, op. cit., p. 231. 66 Antonino Giuffrida, La produzione dello zucchero in un opificio della piana di Carini nella seconda metĂ del sec. xv », La cultura materiale in Sicilia. Atti del primo convegno internazionale di studi antropologici siciliani, Palerme, 1980, p. 154-155, table no 1 ; rééd. dans Imprese industriali in Sicilia secc. xv-xvi, a cura di Antonino Giuffrida, Caltanissetta-Roma, Salvatore Sciasca Editore, 1996, p. 37-40. 67 ASP, ND, Giovanni Randisio, 68 Voir les graphiques sur lâĂ©volution des salaires des ouvriers pendant le xve siĂšcle ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 292-300. 69 Ibid., p. 294. 70 Jacqueline Guiral-Hadziiossif, La diffusion et la production de la canne Ă sucre xiiie-xvie siĂšcles », Anuario de Estudios medievales, 24, 1994, p. 238-239 ; Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 222. 71 Arxiu del Regne de ValĂšncia ARV, Reial Cancelleria RC, no 641 ProcĂšs sobre fabricaciĂł de sucre, 1433, f. 63r-158r. 72 ARV, RC, 641, f. 68r-69v. 73 Maite Framis Montoliu, La baronia de BeniarjĂł, dels March als Montcada catĂ leg documental, Simat de la Valldigna, 2003, p. 23-24. 74 AmĂ©dĂ©e PagĂšs, Ausias March et ses prĂ©dĂ©cesseurs essai sur la poĂ©sie amoureuse et philosophique en Catalogne aux xive et xve siĂšcles, Paris, HonorĂ© Champion, 1912, p. 99 ; Francisco Almela y Vives, AusĂas March y la producciĂłn azucarera valenciana », Feriario. Revista de la Feria Muestrario internacional de Valencia, 1959, p. 10 ; Jaume Josep Chiner Gimeno, AusiĂ s March i la ValĂšncia del segle xv 1400-1459, Valence, Generalitat Valenciana - Consell ValenciĂ de Cultura, 1997, p. 407-409 ; Ferran Garcia-Oliver, Ausias Marc, Valence, Publicacions de la Universitat de ValĂšncia, p. 183-191. 75 Ferran Garcia-Oliver, Les companyies del trapig », Afers, 32, 1999, p. 189-190. 76 Piotr Radzikowsky, Ă©d., Reisebeschreibung Niclas von Popplau Ritters,bĂŒrtig von Breslau, Cracovie, Trans-Krak, 1998, p. 117 ; Viajes de extranjeros por España y Portugal. Desde los tiempos mĂĄs remotos hasta comienzos del siglo xx, vol. I, Ă©d. et trad. J. GarcĂa Mercadal, Junta de Castilla y LeĂłn, 1999, p. 302 ; JosĂ© PĂ©rez Vidal, La cultura de la caña de azĂșcar en el Levante español, Madrid, CSIC, 1979, p. 18 ; Antonio LĂłpez GĂłmez EvolutiĂłn agraria de la Plana de CastellĂłn », Estudios sobre regadios valencianos, Universitat de ValĂšncia, 1990, p. 160. 77 Ferran Garcia-Oliver, Les companyies », op. cit., p. 190. 78 Mohamed Ouerfelli, Le sucre, op. cit., p. 142-148. 79 Abd al-IlĂąh BenmlĂźh, Al-riqq fĂź bilĂąd al-Maghrib wa-l-Andalus Lâesclavage au Maghreb et en al-Andalus, Beyrouth, Muâassasat al-intishĂąr al-arabĂź, 2004, p. 344-350. 80 Al-UmarĂź, MasĂąlik al-âabsĂąr fĂź mamĂąlik al-âamsĂąr, I lâAfrique moins lâĂgypte, trad. Godefroy Demombynes, Paris, Paul Geuthner, 1927, p. 176. 81 Jean-LĂ©on lâAfricain, Description de lâAfrique, op. cit., I, p. 178. 82 Bernard Rosenberger, La production de sucre au Maroc au xvie siĂšcle. Aspects techniques et sociaux », Agua, trabajo y azĂșcar. Actas del sexto seminario internacional sobre la caña de azĂșcar, Motril, 19-23 septembre 1994, Ă©d. Antonio Malpica, Grenade, DeputaciĂłn provincial de Granada, 1996, p. 176-177. 83 LâAfrique de Marmol, trad. Nicolas Perrot sieur dâAblancourt, Paris, 1667, III/ 2, p. 28-31 84 Paul Berthier, Un Ă©pisode de lâhistoire de la canne Ă sucre, les anciennes sucreries du Maroc et leurs rĂ©seaux hydrauliques, Rabat, Centre universitaire marocain de la recherche scientifique, 1966, t. I, p. 239. Pour Ă©tayer sa dĂ©marche, il sâappuie sur le papyrus Ă©gyptien publiĂ© par Jean Sauvaget et sur lâĆuvre de P. Labat ; mais les informations des deux sources sont antĂ©rieures pour la premiĂšre et postĂ©rieures pour la seconde. Elles se rĂ©fĂšrent Ă des conditions totalement diffĂ©rentes de celles du Maroc du xvie siĂšcle. 85 Bernard Rosenberger, La production », op. cit., p. 170-171. 86 LâAfrique de Marmol, op. cit., t. II, p. 29. 87 Abd al-IlĂąh BenmlĂźh, Al-Riqq fĂź bilĂąd al-Maghrib wa-l Andalus Lâesclavage au Maghreb et en al-Andalus, Beyrouth, al-IntishĂąr al-ArabĂź, 2004, p. of page References Bibliographical reference Mohamed Ouerfelli, La production du sucre en MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale », Rives mĂ©diterranĂ©ennes, 53 2016, 41-59. Electronic reference Mohamed Ouerfelli, La production du sucre en MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale », Rives mĂ©diterranĂ©ennes [Online], 53 2016, Online since 15 December 2018, connection on 28 August 2022. URL ; DOI Top of page About the author Mohamed Ouerfelli Mohamed Ouerfelli, maĂźtre de confĂ©rences en histoire mĂ©diĂ©vale Ă lâUniversitĂ© dâAix-Marseille, est spĂ©cialiste de lâhistoire des relations diplomatiques et commerciales entre monde latin et monde musulman au Moyen Ăge. Il a notamment publiĂ© Le sucre production, commercialisation et usages dans la MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale, Leyde-Boston, Brill, 2008 Coll. The Medieval Mediterranean, 71 ; il a coĂ©ditĂ© avec Ălise Voguet Le monde rural dans lâOccident musulman mĂ©diĂ©val, Revue des mondes musulmans et de la MĂ©diterranĂ©e, 126, 2009 ; avec Ălisabeth Malamut, Les Ă©changes en MĂ©diterranĂ©e mĂ©diĂ©vale. Marqueurs, rĂ©seaux, circulations, contacts, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2012 coll. Le temps de lâhistoire et Villes mĂ©diterranĂ©ennes au Moyen Ăge, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence coll. Le temps de lâhistoire, 2014. By this author Une introduction Published in Rives mĂ©diterranĂ©ennes, 53 2016 Top of page
De9h Ă 18h, toute une journĂ©e dâanimations autour de la pomme, sous toutes ses formes, de la fameuse croustade ariĂšgeoise au jus de fruits naturel. MarchĂ© de terroir local: exposition de fruits locaux et vieux outils, exposition de champignons, vente de pommes et dâarbres fruitiers, conseils techniques (plantation, greffage, taille